1. Le travail, source de souffrance (cf. Bible)
2. Le travail est nécessaire pour vivre (Foucault ¹ )
3. Le travail manifeste notre " subordination " à la nature
(Aristote)
4. Le travail est un moyen (non une fin) au service du corps
5. L'activité la plus haute (cultiver son âme), réservé
à une minorité
Paradoxe : le travail me délivre de mon corps (de mes besoins)
mais en sollicitant mon corps (mes efforts) ...
Si le travail vise à sa propre négation
au sens où l'on travaille non pas pour travailler
mais pour ne pas travailler (depuis le Front Populaire...?)
autrement dit, on travaille pour ne pas travailler...
C'est donc bien un moyen et non une fin !!!
On ne peut s'en dispenser car il vise à produire nos moyens d'existence
Mais il fait entrave au loisir nécessaire pour épanouir son
esprit.
1. Le travail source de libération (Hegel, Dialectique maître/esclave)
2. Le travail, source d'éducation (cf. Kant)
3. Le travail permet la prise de conscience de soi (Hegel)
Csq : différence entre le travail humain et animal : liberté
et progrès
Le droit au travail
1. Morcèlement du travail : pas de prise de conscience de soi
2. Le travail abrutissant : mort de la conscience
(à Auschwitz, le " travail " est esclavage, aliénation...)
3. Le travail comme tutelle et asservissement (Rousseau, Nietzsche)
Le plaisir douteux du travail (les " workaholics ")
[distinction entre le plaisir par surcroît de la prise de csc de soi
et le plaisir inhérent au travail, à l'effort]
4. Les loisirs vécus avec la même prodigalité d'efforts
que le travail ;
L'obsession de la rentabilité aurait-elle contaminé nos loisirs
?
5. La philosophie du loisir n'est-elle pas aussi un travail ?
Question :
Toute activité productrice (poièsis) est-elle un travail ?
(cf. Bible)
Le premier sentiment de l'homme à l'égard du travail est la
réticence.
Tout travail est pénible parce qu'il demande un effort prolongé.
Dans le livre de la Genèse, il est présenté comme un
châtiment divin.
Dieu punit Adam et sa descendance en l'exilant hors du jardin d'Eden et lui
imposant par la même occasion le labeur !
C'est ainsi, que les juifs ont justifié le travail.
Il est normal de travailler car c'est là notre châtiment.
A qui s'adressaient-ils ?
A ceux qui refusaient de travailler et qui choisissaient de vivre aux crochets
de la société ?
A ceux qui ne pouvaient se résoudre à l'idée de consacrer
leur vie entière au travail. Mais combien se seront avisés qu'il
y avait là une " injustice " ?
Une chose est sûre, il s'agissait de justifier une nécessité.
(Foucault)
Depuis que le nombre d'individus peuplant la terre est devenu supérieur
à la quantité des fruits qu'offre la nature à l'état
sauvage, l'homme vit dans un état de précarité.
Il est contraint de compenser le surnombre de la population en forçant
la nature à donner davantage.
S'il ne veut pas mourir, il doit produire ses conditions d'existence.
Il y a là une 1ère différence fondamentale avec l'animal.
L'animal est adapté ou pas à la nature.
Alors que l'homme adapte ou pas son milieu.
L'erreur Epiméthée n'est-elle pas d'avoir oublié de donner
à l'homme des qualités innées susceptibles de l'adapter
à son milieu.
L'homme doit donc par le travail et la technique créer les conditions
de son adaptation.
(Aristote)
C'est donc la vie biologique, les besoins matériels qui vouent l'homme
au travail. L'homme doit travailler parce qu'il n'est pas simplement esprit.
Il est par là doublement prisonnier de sa condition de vivant.
Tout d'abord parce que les besoins de son corps le renvoient à sa condition
d'animal ; en effet, la finalité du travail est la satisfaction de
nos besoins (au moins les plus essentiels).
Mais aussi parce que la nécessité de satisfaire les besoins
du corps le détournent des soins qu'il pourrait porter à son
esprit (son âme).
Notons cependant que ce qui " libère " l'homme du travail, c'est son esprit. Mais l'esprit consacré non pas aux choses de l'esprit mais aux choses du corps...
Le mépris des Grecs à l'égard du travail vise donc essentiellement
cette " faiblesse " ou cette " fragilité " de la
nature humaine qui le contraint à travailler ou encore le mépris
de ce corps qui nous accapare et nous voue à des activités serviles
et vulgaires.
Bref, il est nécessaire de travailler parce que nous sommes "
esclaves " des besoins de notre corps, de notre partie animale.
Comme il vient d'être dit, en passant, le travail est un moyen.
Il est important d'y insister notamment si l'on songe à la confusion
qui est faite parfois de nos jours entre travail et loisir.
Le travail n'est pas une fin en soi.
On peut appliquer ici la distinction aristotélicienne: praxis / poièsis.
Parmi les activités productrices, Aristote distingue :
_ la poièsis qui est une activité au service d'une autre activité.
(ex: l'activité du cordonier est au service d'une autre activité,
comme monter à cheval)
Ainsi les activités peuvent-elles s'enchaîner les unes les autres,
au service d'une autre. Mais, dit Aristote, il faut en dernier lieu une action
qui donne son sens à la chaîne, c'est-à-dire une raison
pour laquelle toutes ces actions ont été entreprises. Cette
action qui donne son sens aux autres et qui trouve son sens en elle-même,
Aristote l'appelle praxis.
_ la praxis désigne une activité qui est une fin en soi,
c-à-d une activité que l'on effectue pour elle-même et
non pas en vue d'autre chose.
Travailler n'est donc pas une praxis mais une poièsis.
On ne travaille pas pour travailler mais pour se nourrir, s'habiller, etc.
et, en dernier lieu, vivre pour autant que vivre est une praxis.
Le mépris du Grec pour le travail tient donc au fait que c'est le
corps qui nous accapare à travers le travail. Alors que nous ne sommes
pas seulement un corps ! Nous avons aussi une âme, diraient les Grecs,
ou pour le formuler autrement, un esprit.
Et si le corps nous renvoie à notre animalité, à la matière
; en revanche, l'âme nous en distingue. L'homme ne se contente pas de
vivre, il ex-iste...
Ainsi le travail revient à délaisser l'âme pour les besoins
du corps.
Ces besoins nous rappellent avec d'autant plus de force, que la part du corps
en nous est décisive.
Le corps, cette partie la moins noble de notre être, se rappelle sans
cesse à nous par ses besoins vitaux, ne nous laisse jamais tout à
fait tranquille et peut être comparée à une prison ou
à un esclavage.
Le travail est la misère de l'homme.
Pour se libérer de la tâche servile, la société
grecque n'a pas trouvé de solution plus commode que de prendre des
esclaves à son service.
Ceci lui laissait alors suffisamment de temps pour s'occuper à des
tâches plus nobles et plus dignes, comme la politique, la philosophie
(2 praxis).
Deux praxis qui ont pour effet de faire de l'homme un être libre.
Dès lors, le travail qui est l'indice de notre esclavage du corps nous empêche-t-il de vaquer à des activités plus hautes susceptibles de nous libérer.
Pour être un homme libre, il ne suffit pas d'avoir des loisirs ;
l'homme libre est de loisir et met ce loisir à disposition pour s'éduquer,
pour former son âme et se libérer des apparences...
Paradoxe : le travail me délivre de mon corps (de mes besoins)
mais en sollicitant mon corps (mes efforts) ...
Si le travail vise à sa propre négation
au sens où l'on travaille non pas pour travailler
mais pour ne pas travailler (depuis le Front Populaire...?)
autrement dit, on travaille pour ne pas travailler...
C'est donc bien un moyen et non une fin !!!
On ne peut s'en dispenser car il vise à produire nos moyens d'existence
Mais il fait entrave au loisir nécessaire pour épanouir son
esprit.
cf. Texte de Kojève n°6 p. 213 Manuel Hatier TS
a)Libération matérielle i.e. par rapport à la/notre nature
l.1-2 Le travail rend l'homme maître de la Nature.
l.2-4 Or, s'il est devenu esclave, c'est par craine de la mort,
par attachement à la vie biologique,
i.e. parce qu'il n'a pas surmonté son instinct (naturel) de conservation
i.e. SA nature !
Bref, ce qui l'a perdu, c'est sa soumission à la nature.
l.5 La maîtrise de LA nature, à travers le travail, conduit à la maîtrise de SA nature et du même coup, encore, le travail le libère de sa subordination au maître.
N'étant plus esclave de la naturalité en lui, il cesse d'être esclave du maître.
b)Libération politique : travail comme source d'autonomie
l.10 Le travail libère l'homme du maître.
Cette libération est inéluctable.
Car la maîtrise technique de la nature lui donne un avantage sur le
maître qui se transforme en maîtrise : le maître tombe dans
la dépendance à l'égard de l'esclave. Le maître
devient un assisté.
D'autre part, la maîtrise " immédiate " du maître est imparfaite, provisoire : elle n'est qu'une main mise sur la nature non une transformation.
Alors que la maîtrise technique " transcende le donné ":
il ne se contente pas de dominer la nature ; il la transforme, la dépasse
;
il change de règne en instituant celui de la culture.
Le maître est figé ; il ne maîtrise qu'imparfaitement la nature et seulement sur le mode symbolique, non sur le mode concret.
(N'est-ce pas là une caution du monde technique ???)
Conclusion :
L'analyse hégélienne nous rappelle utilement une évidence
: la perfectibilité de l'homme.
En effet, grâce au travail, l'homme a changé sa nature ;
ceci n'est possible que parce que la nature humaine n'est pas fixée.
Il est un être en devenir, riche de toutes ses possibilités...
Or, c'est cette nature " indéterminée " de l'homme
qui confère au travail une fonction aussi centrale !!!
Le travail détient un rôle absolument essentiel dès lors
que l'essence de l'homme apparaît comme perfectibilité.
Pour le Grec, l'étude n'est pas assimilée à un travail.
Pourtant, nombre de métaphores pourraient aller dans ce sens.
Quand Socrate présente la philosophie comme une maïeutique, l'art
de faire enfanter ses interlocuteurs de leurs idées, ne s'agit-il pas
d'un travail tant pour Socrate que pour son interlocuteur ?
Cette transformation de l'âme qui se manifeste dans toute éducation
n'est-elle pas comparable elle aussi à un travail ?
Mais si l'étude est comparable au travail, le travail n'est-il pas
lui aussi comparable à l'étude ?
Ne trouve-t-on pas dans tout travail même rudimentaire des qualités
que l'on trouve, par excellence, dans l'étude ?
· TEXTE de KANT - Manuel Hatier (p.211)
Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 3è
Proposition.
Kant s'oppose ici à la vision misérabiliste du travail.
Il dépasse le point de vue de l'individu et se laisse par là
même moins apitoyer par ses plaintes.
Le regard porté sur l'ensemble de l'humanité présente
le travail sous un jour nouveau :
l.1-4 :
Que doit l'homme à la nature ? Que se doit-il à lui-même
?
La nature a donné à l'homme peu ou prou un corps.
Tout le reste procède de l'effort et du travail de l'homme.
La civilisation, la culture n'existerait pas sans le travail.
l.6
Contrairement aux animaux qui sont avantageusement dotés en instincts,
l'homme lui n'a rien sinon la raison ;
certes, la raison n'est pas une faculté négligeable,
mais, encore possèderait-on la raison que tout reste à faire
!
La raison aide à inventer des solutions, des techniques...
Elle ne permet pas, par elle-même, de vivre !
l.15
L'humanité est l'oeuvre de l'homme ; c'est la production de l'homme.
Phrase essentielle du texte :
" C'est comme si elle (la nature) voulait que l'homme dût parvenir par son travail à s'élever de la plus grande rudesse d'autrefois à la plus grande habileté, à la perfection intérieure de son mode de penser et par là (au qu'il est possible sur terre) au bonheur, et qu'il dût ainsi en avoir tout seul le mérite et n'en être redevable qu'à lui-même. "
Cette phrase est d'une extrême densité et donc complexe.
Il faut l'analyser avec beaucoup de soin.
1ère Remarque : " parvenir par son travail à s'élever
"
En travaillant, l'homme ne se contente pas de produire des biens destinés
à une consommation et donc en un sens à la destruction.
Ce que l'homme produit, à savoir des objets techniques, contribue à
renforcer son éloignement par rapport à la nature.
Rares sont ceux qui aujourd'hui vivent au contact de la nature.
(C'est tout au plus la nature qui nous rattrape.)
Entre la " nature " et nous il y a un monde de technique.
Entre l'homme sauvage et l'homme technique, l'écart est grand.
En même temps, ce n'est pas seulement la technique au sens de machine,
d'outils, etc., qui élève l'homme. Car il n'est pas rare de
rencontrer des " sauvages " plus policiés et civilisés
que nos habitants des sociétés industrielles.
En effet, l'habileté dont parle Kant désigne sans nul doute
aussi l'ingéniosité, la métis, cette ruse de la raison
qui au yeux des grecs est faculté d'invention.
Or si l'homme s'élève c'est parce qu'il se transforme lui-même
dans " son mode de penser ".
Il développe son intelligence dans le travail en cherchant des solutions
aux problèmes d'aménagements des canaux si essentiels à
la culture des champs, aux problèmes de cuisson de la poterie, etc.
L'homme n'est pas un être fini parce qu'il n'est pas exclusivement
un être d'instinct.
Il est à faire, à venir ; bien plus, il doit se faire lui-même.
Autrement dit, il n'y a pas une nature qui conditionnerait l'homme à
être ce qu'il est. Il n'y a pas une essence de l'homme dont on pourrait
déduire son histoire ! " L'existence précède l'essence
"
Ainsi l'homme porte-t-il entièrement la responsabilité de son
humanité.
C'est une simple possibilité (pouvoir être autre chose qu'elle
n'est) à laquelle il faut donner un contenu (un visage, dirait Lévinas
?).
Ce qui veut dire que cette image de l'humanité que nous avons n'est
peut-être pas tant, comme l'a pensé Platon, déduite de
l'essence éternelle de l'homme mais une invention historique !
Invention historique mais pas entièrement contingente, dit Kant, puisqu'elle
est tout de même l'émanation de la Raison.
Mais il est vrai que le choix de la Raison n'avait rien de nécessaire.
Mais le travail a aussi une valeur plus spécifiquement éducative.
En effet, le travail implique un effort, de la constance, autant de qualités
qui s'opposent à notre tendance naturelle à l'inertie (cf. le
texte de Rousseau n°12 p.217).
Travailler est éducatif en tant qu'il nous apprend à aller contre
notre tendance naturelle à la passivité et à la facilité
;
d'une certaine façon, c'est faire une violence à notre nature.
Bref, le travail nous apprend la maîtrise de nous-même.
cf. Texte de Hegel n°1 p. 16 Manuel Hatier TS
Dans l'exercice du travail i.e. dans l'activité de transformation
du monde, la conscience se prend elle-même pour objet : l'activité
transformatrice permet la conscience de soi.
En effet, à travers, l'avénement de l'oeuvre, qui est comme
le reflet de la conscience, cette-dernière (la conscience) s'extériorise,
se dédouble et par là même peut se resaisir.
La conscience s'extériorise dans la mesure où elle impose sa
marque, son empreinte sur les choses.
Cette empreinte est comme un double d'elle-même, à travers laquelle
elle peut s'appréhender.
La conscience se trouve ainsi renvoyée à elle-même et
se saisit alors comme conscience.
Ainsi le travail incarne-t-il un moment de la conscience de soi par opposition
à la simple conscience perceptive.
Il y a donc dans l'activité transformatrice du travail une dignité
dans la mesure où le travail est l'occasion d'une prise de conscience
de soi !
Conclusion de la 2è Partie : " Le travail ne transforme pas seulement
la nature mais aussi le travailleur "
1° Le travail nous libère de la nature et de " notre "
nature ;
2° Il favorise l'avènement de la culture et de l'Humanité
3° Il permet la prise de conscience de soi
Csq : différence entre le travail humain et animal : liberté
et progrès
L'animal " travaille " par instinct et non pas librement ;
l'homme est contraint de travailler pour vivre mais il n'obéit pas
à une nécessité ; il pourrait aussi choisir de ne pas
travailler et éventuellement de se laisser mourir.
Et, quand, il travaille, il n'obéit pas à un schéma auquel
il serait conditionné.
Il doit réfléchir sur les moyens de réaliser ses fins
; de là le tâtonnement et les échecs,... Alors que l'animal
s'exécute sans hésitation ni échec.
Mais, parce qu'il n'est pas conditionné par un schéma préétabli,
l'homme est susceptible de progresser ; il est donc bien libre !
Cette liberté se manifeste dans son travail mais elle est d'abord inscrite
dans son être...
En effet, c'est la nature de l'homme qui n'est pas fixée ; il est par
essence un être perfectible, en devenir.
Mais pour qu'il évolue en direction de cette plus grande perfection,
il a donc entre autre besoin de la médiation du travail.
Il a besoin d'une médiation, d'une confrontation qui le pousse à
réaliser ce qu'il y a de meilleur en lui-même. Kant évoque
la nature ; Hegel évoque le maître.
C'est donc dans la confrontation avec l'altérité que l'homme
se révèle.
Dès lors, le droit au travail n'est pas un droit prescrit par l'essence
de l'homme ! Ce n'est pas de la définition de la nature de l'homme
que l'on déduit un droit au travail ou un quelconque droit.
On peut parler de droit au travail dans la mesure où le travail est
l'une des conditions susceptibles de conduire l'homme à réaliser
sa liberté. Et, en cela, le travail peut effectivement être présenté
comme un droit imprescriptible !
Question : qu'advient-il si le travail n'est pas la seule condition dont l'homme dispose pour réaliser sa liberté ? S'agit-il toujours d'un droit imprescriptible ?
Le travail, source d'aliénation (Marx)
Le travail comme activité (moyen) comporte une valeur inattendue d'humanisation (éducative).
Cependant, n'oublions pas que l'activité n'est pas la finalité
!
La finalité du travail demeure la production.
Or, si le travail a une valeur éducative, si elle enseigne la maîtrise
des passions, inversement, de par sa visée productrice, elle stimule
aussi l'ambition, l'appétit, les passions,...
Elle aiguise le désir de possession et finalement la volonté
de puissance !
Sans doute ce désir de productivité explique-t-il la division
du travail. Et de la division du travail à son morcellement, il n'y
avait qu'un pas... Mais ce pas est lourd de conséquence puisqu'il transforme
complètement les données du travail.
En effet, il fait basculer le travail du côté de la déshumanisation
!
Texte de Marx n° 10 in Manuel Hatier TS pp.215-216
l.5 Le travail appelle le travail ;
il rend le travail d'autant plus nécessaire ;
il y a un phénomène d'amplification, un redoublement dû
à la complexification (et à la division du travail).
En effet, le travail suppose de plus en plus de médiations ;
il multiplie les étapes.
Avant, les outils fabriqués par l'agrculteur étaient rudimentaires.
Aujourd'hui, les outils sont trop complexes ; le travail de l'agriculteur
draine donc en amont l'industrie de l'outillage agricole.
l.7-9 La logique du travail obéit à des règles structurelles
vastes :
lourdeur du processus, des mécanismes à cause de la division
du travail
qui font que l'on n'est plus tout seul à gérer son travail.
" Cristallisation " du travail :
le travail n'est pas simplement de la matière première organisée
la part de l'organisation (mise en forme) est essentielle
Or, cette part du travail incombe à l'ouvrier ;
c'est sa marque, son empreinte. (cf. Hegel)
Mais, dit Marx, il y a " déperdition ", " aliénation
" !
Car ce n'est plus l'oeuvre de l'ouvrier ;
Face au vaste processus du travail qui dépasse la mesure de l'homme,
l'ouvrier devient " rouage ", " outil " (cf. Les temps
moderne de Chaplin qui illustre sur un mode symbolique la déshumanisation
du travailleur !!! Le travail n'est donc plus facteur d'humanisation mais
aliénant.)
Il y a un " rapport (...) étranger " à l'objet en
raison du morcellement du travail. L'ouvrier est employé pour des tâches
limitées, partielles ; il est en charge seulement d'une partie du travail
et perd donc de vue la cohérence globale.
Dès lors, il ne peut plus s'identifier à l'oeuvre qu'il produit
;
il ne peut plus y retrouver véritablement son empreinte, sa marque,
ne serait-ce d'ailleurs que parce que ses gestes lui sont dictés par
la machine sur laquelle il travaille et non par son projet.
Ces gestes répétitifs obligent l'homme à un comportement
contre-nature.
Donc plus l'homme travaille dans un tel cadre et plus il s'aliène.
Hegel avait déjà attiré l'attention sur ces problèmes. (cf. photocopies des pp.114-117 K.Papaionnou Hegel)
(à Auschwitz, le " travail " est esclavage, aliénation...)
cf. Martin Eden de Jack London sur la condition de travailleur
Le travail qui tue la conscience cesse sans doute d'être travail.
A Auschwitz au-dessus de la porte du camp, était inscrite la formule
hégélienne " le travail rend libre ", mais il est
clair que le travail dans ces conditions n'a plus rien à voir avec
le travail, c'est bien davantage un lent processus d'élimination physique
des individus et plus généralement une négation de l'humanité.
Or, on pourrait se demander si le travail épuisant des sociétés
industrielles ne revient pas au même principe de négation de
l'humanité au nom du principe de l'économie libérale
?
Certes, les individus travaillent en échange d'un salaire ;
ils participent à un processus de transformation.
Mais l'épuisement ne leur permet pas d'entrevoir la moindre perspective
d'amélioration de leur sort ; ils sont figés dans leur condition,
ce qui est déjà en soi contraire à l'essence de l'homme
!
Mais cet épuisement implique aussi la mort de la conscience.
Bref, ce " travail " là les maintient tout juste en vie,
tout juste dans leur condition d'outil.
Peut-être faut-il alors distinguer ici le travail au sens où l'entend Hegel et le labeur ou l'emploi au sens où le dénonce l'analyse Marxe.
(Rousseau, Weber, Nietzsche)
Comment peut-il y avoir du plaisir à travailler ?
Alors que le travail va à l'encontre de notre tendance naturelle à
l'inertie,
autrement dit, alors que le travail fait " violence " à notre
nature...
1ère explication :
L'activité est intéressante ;
satisfaire l'intérêt, c'est pourvoir à notre plaisir.
(Pascal : le divertissement ? ne pas affronter les questions essentielles...)
2è explication :
L'estime de soi est source de plaisir.
Cependant, le plaisir ne provient pas directement du travail !!!
C'est donc qch qui accompagne le travail qui plaît, non le travail en
lui-même !
Le travail en tant qu'activité pénible (qui exige un effort
et de la peine) ne peut être source de plaisir...
Ou bien puis-je considérer que la douleur est source de plaisir ???
Paradoxal.
Pourtant, cela n'est pas impossible...
L'homme socialisé (Rousseau) est un être dénaturé
il ne se satisfait plus des plaisirs simples ;
il recheche la sophistication et entre ainsi dans la dénaturation (perversion)
Comment expliquer que l'on puisse avoir du goût pour le travail ?
Comment expliquer que le travail devienne objet de plaisir ?
Quel est le rôle ou responsabilité de la société
?
Weber Ethique protestante et l'esprit du capitalisme
Pour le Catholicisme, l'usure est un péché et par extension
l'enrichissement ;
Avec le protestantisme, produire des richesses, c'est cultiver l'oeuvre de
Dieu ;
c'est porter la création divine à son plein épanouissement...
Ainsi tout bon protestant a le devoir religieux de travailler, de fructifier,...
La richesse devient un signe de religiosité
(encore faut-il en outre ne pas mener une vie dispendieuse !)
Bref, être productif et économe !
Comment expliquer que cela puisse valoir pour la société occidentale
dans son ensemble et non plus seulement pour le protestantisme ?
(On peut supposer que la laïcisation est héritière des
principales religions chrétiennes)
Le travail devient alors une valeur !
On se distingue par son travail ;
le travail est source de reconnaissance sociale, d'honorabilité,...
C'est un signe de respectabilité !
Nietzsche s'interroge sur les valeurs en général
mais aussi sur celle du travail.
Pourquoi la religion et la société laïque ont-elle fait
du " travail " une valeur ?
Réponse de Nietzsche : pour une seule et même raison.
Canaliser les forces vives de la société.
Il s'agit de contrôler voire d'étouffer les forces créatrices
qui représentent toujours une menace pour l'ordre établi.
Bref, le travail est instrument de domination.
14/12/11